Brèves de métro26 Apr 2007 01:22 pm

Station République, sur le quai direction Bobigny-Pablo Picasso, un homme- cheveux gris mi-longs et blouson fatigué- brandit une pancarte. Marie-George Buffet y sourit sur fond rouge. “Marie-Georges Buffet est à Bercy ce soir” scande-t-il. Deux adolescentes passent. Même jean’s slim ultra-moulant, baskets montantes, blouson de cuir et mèche sur le côté. Elles gloussent et se poussent du coude. La plus hardie s’arrête et demande au militant “C’est qui ?”. Elle désigne la pancarte du menton. “Ben Marie-George”, répond le militant un peu désarçonné. Mine interrogative des gamines. “C’est Marie-George Buffet, la présidente du PCF”. “Le Pécéef ?” “Oui, le PCF, le parti communiste français”. “Haaaaaan”, feignent-elles de connaître. Elles s’éloignent en pouffant.

Brèves de métro14 Feb 2007 10:10 am

Ligne 4, un colosse noir au nez cassé, juché sur un fragile strapontin, est plongé dans la lecture de Mickey Parade.

Brèves de métro24 Jan 2007 03:09 pm

Belle tête un peu ébouriffée, mal rasé, il porte un blouson de velours brun sur un sweat à capuche Gap, un pantalon large et des baskets bleu roi. Sur ses genoux, une pile de copies de maths. Stylo rouge en main, il biffe d’un trait sûr des courbes hésitantes. Sanctionne d’un “Non” rapide et sans appel des équations bancales. Gare de l’Est il remballe son Bic et ses copies et file vers la sortie.

Brèves de métro18 Jan 2007 05:06 am

Elle est montée dans la rame en se dandinant, a jeté un regard circulaire à la recherche d’une place. Personne n’a bronché. Elle a alors ouvert la fermeture éclair de sa parka kaki, a écarté son écharpe pour montrer son ventre rebondi. Personne n’a regardé. Elle est allée se camper entre les places assises à quatre et s’est solidement accrochée à une barre. Toujours pas un regard. Elle s’est cambrée pour faire ressortir son ventre vraiment très rebondi, a posé sa main dessus comme sur un accoudoir, l’a caressé doucement. Un monsieur a alors levé la tête de son journal, a eu l’air désolé et l’a priée de bien vouloir prendre sa place. Elle s’est répandue en remerciements, puis a fondu sur le siège libre et s’est assise lourdement. Elle a jeté un regard vengeur à tous les sans-coeur alentours et s’est plongée dans son livre.

Brèves de métro13 Dec 2006 04:18 am

Debout sur le quai, il attend son métro en piétinant sur place. Parka brune sur complet gris clair et cravate jaune, crâne dégarni. D’un doigt, il fourrage copieusement sa narine gauche. Jette un coup d’oeil autour de lui, remet la main dans sa poche. Puis effectue un gracieux tour complet sur lui même, et lorsqu’il est face au mur, en profite pour extraire d’un geste sûr ce qui le tracasse et le glisse dans sa bouche.

Brèves de métro22 Nov 2006 01:21 pm

Elle occupe un siège et demi. Enorme et avachie, jambes écartées, elle est enveloppée dans une jupe en jean, porte des tong taille 45 et deux t-shirt superposés. Elle sert contre elle un gros sac rose fluo avec des dauphins bleus et des poissons jaunes qui doit contenir tout ce qu’elle possède. Ses cheveux sont tondus. Elle dégage une odeur de transpiration et d’urine. Elle se redresse et demande à une dame, dans le carré d’à côté, si elle est antillaise- la dame acquiesce- et si elle connait un restaurant africain à Château-Rouge. La dame n’en connait pas. Et un hôtel ? Non plus. La grosse femme se radosse, l’air las. “Je ne sais même pas où je vais dormir ce soir”. Elle tient deux pièces de monnaie, trois tickets de métro et un briquet. Elle joue avec, fait chauffer les pièces sur la flamme.
Entrent en trombe dans la rame deux jeunes garçons excités avec une sono grésillante. “Pour la mousik” braillent-ils. Ils commencent à se trémousser sur fond de rap américain. Puis très vite, passent dans le couloir pour quêter. L’un d’eux tend sous le nez de la femme sa petite boîte à monnaie, la secoue avec insistance. Elle regarde ses deux pièces. 70 centimes. Elle fait mine de vouloir chercher dans son sac. Hésite. Considère l’argent et le jette vite dans l’écuelle du jeune homme qui remercie à peine et se sauve. Elle recommence à triturer son briquet et brûle un ticket de métro.

Brèves de métro08 Nov 2006 01:24 pm

Ligne 7. Elle se tient un peu raide sur son siège bleu taggué. Tailleur pied de poule au col en velours brun, escarpin et indéfrisable chic et peroxydée. Elle porte un bracelet et une montre dorés, une bague à chaque doigt, avec de gros cailloux dessus. Amétiste, saphir, rubis. Elle lance un regard rapide à ses voisins. Puis, très discrètement, elle fait pivoter les bagues autour de son doigt pour dissimuler les pierres.

Brèves de métro21 Oct 2006 06:07 am

Le métro couvre le son de sa voix. On entend juste le bruit des pièces qu’elle secoue dans sa main. Elle passe entre les voyageurs, sans les regarder, faisant tinter les pièces. C’est une toute petite vieille dame vêtue d’un pantalon noir et enveloppée dans un grand manteau mauve. Ses cheveux blond platine sont relevés en chignon retenu par des barrettes en écaille noire. Elle porte deux perles à chaque oreille. Convention, elle descend de la rame et se dirige vers la sortie. A petits pas, sans se retourner. Comme si elle allait prendre le thé chez une amie.

Brèves de métro16 Oct 2006 01:30 pm

D’elle on remarque d’abord son informe sweat orange rongé de trous. Elle s’asseoit doucement, son rat posé sur l’épaule. Il renifle avec délicatesse ses cheveux cuivre, teints au henné, la regarde de ses yeux rouges. Puis il descend sur sa poitrine, se balade un peu entre ses clavicules. Elle caresse son dos blanc, essaie de le retenir. Lui se faufile entre ses mains, fait mine de s’échapper. Elle regarde d’un air amusé les voyageurs écoeurés.

Brèves de métro06 Oct 2006 02:15 pm

Il massacre des airs connus au violon, elle l’accompagne au tambourin. Ils se font face, debout au milieu de la rame, lui trapu et campé sur ses jambes écartées, insensible aux soubresauts du métro, droit dans son costume dépareillé. Il ne regarde qu’elle, elle ne regarde que lui. Ils ont la soixantaine et des airs de vieux musiciens de bal. Il porte une casquette en tweed, une chemise blanche un peu douteuse, une cravate bleue à carrés verts. Elle rayonne dans son chemisier vert tendre à pois blancs. Il lui adresse un sourire complice lorsqu’il entame avec vigueur Kalinka. Elle redouble d’ardeur avec son petit tambourin. Ils jouent très fort et très mal, mais qu’importe. Puis il enchaîne avec La vie en rose, c’est le signal, elle retourne son instrument et se faufile dans les allées pour quêter. A Réaumur, ils changent de wagon.

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